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Thaïlande : la résistance s’organise contre la double tarification

Collaboration spéciale de Adrien Coron

En Thaïlande comme chez beaucoup de ses voisins, la pratique de la double tarification est très répandue. Le principe : pratiquer des tarifs différents pour les thaïlandais et les étrangers à l’entrée d’édifices religieux, de musées, de parcs naturels, d’attractions ou dans les restaurants. Les écarts peuvent parfois être énormes.

Si cette pratique impacte peu la venue de touristes occidentaux de passage, elle est néanmoins un frein au tourisme régional (notamment au sein de l’ASEAN et en provenance de Chine) et à l’intégration des expatriés et étudiants venant des mêmes pays.

L’arroseur arrosé

Néanmoins, la double tarification est de plus en plus critiquée, y compris par des thaïlandais qui vivent ou travaillent avec des étrangers et sont des victimes collatérales de ces hausses de prix. Car paradoxalement, ce sont parfois les thaïlandais eux-mêmes qui paient la différence.

Dans une Thaïlande de plus en plus ouverte et de plus en plus métissée, même si elle refuse de le voir, la préférence nationale est parfois désavantageuse même pour les personnes qu’elle est censé protéger.

Pour donner un exemple, il m’est arrivé il y a quelques mois d’aller boire un verre avec d’anciens collègues de ma compagne dans un lieu qui pratiquait la double tarification. Étant le seul étranger du groupe, les serveurs avaient décidé de pratiquer le prix surtaxé sur toute notre tablée. Résultat, tous les participants (tous thaïlandais à part moi) ont dû payer le prix fort pour avoir été accompagnés d’un étranger. Bizarrement, je n’ai plus jamais été invité à leurs soirées…

http://www.2pricethailand.com/
http://www.2pricethailand.com/

Cette situation est vécue au quotidien par les thaïlandais qui ont un conjoint ou un parent étranger. Les entrepreneurs qui invitent des clients ou partenaires étrangers au restaurant pour un repas d’affaire sont parfois pénalisés et voient leur addition s’envoler.

Dernièrement, c’est une agence touristique qui a fait les frais de cette pratique. Cette dernière s’est vue imposer le paiement d’une caution de 100.000 bahts (environ 2.500 euros) pour libérer un de leur client chinois qui avait été emprisonné pour avoir nourri illégalement des poissons. Une somme que l’agence n’aurait jamais eu à débourser s’il s’agissait de touristes thaïlandais.

Repenser le nationalisme à l’heure de la multiculturalité

La double tarification est un symptôme parmi tant d’autres de la posture schizophrène d’une Thaïlande ultra-nationaliste, mais qui attend beaucoup de la mondialisation pour le développement de son économie.

De plus en plus d’enfants en Thaïlande naissent avec plusieurs nationalités. De plus en plus d’enfants étrangers ou binationaux (les bien mal nommés « demi-enfants ») fréquentent l’école thaïlandaise. De plus en plus d’étrangers, occidentaux, asiatiques et même africains apprennent la langue thaïe et comprennent les inscriptions faisant mention de la double tarification ou les conversations avec d’autres clients.

La Thaïlande n’est plus un pays fermé, parlant un langage compris par personne d’autre que les thaïlandais et dont les seuls résidents étrangers seraient soit des touristes, soit des diplomates. Mais elle continue à se penser ainsi, à imaginer une limite figée et étanche entre les thaïlandais et les « autres ». Elle est en quelque sorte malade de son ouverture au monde qu’elle peine à assumer.

falang-price-rates

La résistance s’organise

Face à ce phénomène, certaines voix se lèvent pour demander plus de transparence dans les prix pratiqués pour les étrangers. C’est le cas par exemple de Richard Barrow, un écrivain de voyage qui milite sur son site Internet pour un « droit au choix ». Il ne critique pas le principe même de la double tarification, estimant que cette pratique (même s’il rappelle qu’elle est interdite) est un libre choix de la Thaïlande.

Il milite néanmoins pour plus de transparence, pour que soit affichée clairement la différence de prix entre nationaux et étrangers, afin que chacun puisse choisir en son âme et conscience d’accepter ou non cette double tarification.

Car on ne peut pas en effet considérer comme étant une « arnaque » une surcharge dont le client est conscient. C’est en fait le manque d’information qui crée la tromperie, et souvent l’amertume.

on peut retrouver un tas d’exemple sur le site http://www.2pricethailand.com/

Texte de Adrien Coron que nous remercions pour sa collaboration.
Site internet: http://papiersdasie.mondoblog.org

 

 

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